La région des Bois-Francs est reconnue pour avoir développé, au cours des années ‘80, les premières entreprises de récupération et de recyclage au Québec. Au même moment, des artistes visionnaires sentaient déjà l’urgence de s’immiscer dans une semblable dynamique en privilégiant l’exploration des notions de récupération (reprendre ou recueillir ce qui pourrait être perdu) et du recyclage (réintroduire dans un cycle) appréhendées à l’intérieur du processus de création, à travers les préoccupations de l’artiste ou par le biais de l’aspect matériel de l’œuvre.

Depuis 1985, le GRAVE a donc développé une expertise des pratiques recyclantes en art actuel et il compte fermement poursuivre en ce sens, car les phénomènes du recyclage et de la récupération sont plus présents que jamais dans plusieurs secteurs d’activité de notre société, et les problèmes qui y sont liés trouvent partout un écho grandissant.

Ce sont là les raisons essentielles qui poussent le GRAVE à développer la recherche fondamentale dans ce créneau d’avenir doublé d’une très forte actualité régionale. Toutefois, pour le futur, il ne saurait être question que l’organisme dont nous avons la responsabilité soit inféodé à des règles, des lois, des processus qui sont industriels, commerciaux et d’affaires, tels qu’ils se vivent dans les entreprises de récupération avec lesquelles nous collaborons depuis plus d’une décennie.

Le GRAVE ne doit pas simplement suivre ou accompagner les individus, les centres de formation, les entreprises ou les commerces engagés dans cette dynamique recyclante, il doit aussi utiliser toute la liberté qui lui échoit en tant que centre d’artistes autonome et autogéré pour questionner, rechercher, résister, transcender, développer et proposer de nouvelles avenues.

Le rôle du GRAVE doit se jouer en amont de la réalité du recyclage et de la récupération afin de prévoir les prochains défis de ces pratiques. Il doit aussi se jouer en aval de la réalité pour survoir et permettre aux artistes visionnaires d’agir et de se réaliser.

Les enjeux actuels sont majeurs puisque les pratiques recyclantes questionnent directement notre société de surproduction et de surconsommation. Jusqu’où cela nous mènera-t-il? À recycler les mentalités, la société, l’univers? Outre la matière inerte, aurons-nous aussi à gérer le recyclage de la matière grise ou la récupération de la matière grasse? Et que dire du bio recyclage, du nano recyclage et autres nouvelles technologies que guette déjà la surproduction?

De plus, comment peut-on continuer à créer des œuvres d’art à partir de nos matières résiduelles sociétales à l’époque du land art, de l’art in situ, de l’art nature, de la performance, de l’art nomade et relationnel qui poussent l’Art toujours plus avant vers sa dématérialisation?

Chose certaine, pour alimenter le débat, le Grave est prêt à se repenser, se retourner, se révolutionner quitte à se recycler lui-même! Et c’est par un travail assidu de recherche ainsi que par la pratique d’un art visuel hybride, éclaté et déridé qu’il nous sera possible de rayonner sur le territoire centricois, national et international.